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R2D2 : DIY

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Péo60 est allé à la rencontre de passionnés qui fabriquent eux-mêmes des R2D2, le célèbre petit robot de la saga Star Wars...

C’est bientôt la sortie du huitième épisode d’une saga de science-fiction bien connue, commencée il y a 40 ans, dans une galaxie lointaine, très lointaine…

Si des acteurs ont été révélés, des personnages secondaires sont vite devenus des stars. Ainsi les robots de l’univers Star Wars ont fascinés le public très tôt. C-3PO le droïde de protocole bien sûr mais surtout le facétieux R2D2 au corps cylindrique surmonté d’un dôme.

Un groupe de passionnés, réunis dans l’association R2D2 Builders francophone, s’est lancé dans la construction de robots de classe Astromech, également appelés astromécanos et à laquelle appartient R2D2. Concevoir, construire, rencontrer, leurs démarche en mode projet est très proche de ce qui ce passe pour Défi Robot.

Péo60 a rencontré deux de ses membres lors de la 26e édition de la fête de la science : Christian « e-fan » et Jean-Michel « SuTaiBot ».

De l'importance du temps

L’un a vu Un nouvel espoir (le premier épisode de la série) à 22 ans, l’autre à 9 mais tous deux ont été marqués par ce film auquel personne ne croyait à l’époque.

Ce n’est que bien plus tard qu’ils sont devenus des R2D2 builders (constructeurs amateurs de robot Astromech), qui au moment de la retraite qui suite à un défi avec ses enfants.

Ainsi, après une carrière d’électronicien/automaticien et de longues années de pratique de l’aéromodélisme, Christian s’est lancé dans la construction d’une unité R6 pour rester actif durant sa retraite. Les droïdes de série R ont un corps identique, seule la « tête » varie. Celle des R6 constituait une bonne entrée en matière pour cet originaire de la côte d’Opale.

Jean-Michel est ingénieur mécanicien et beauvaisien. Depuis le visionnage du premier film il s’est toujours intéressé aux robots. Au collège, il faisait partie du club électronique. Il a même bricolé son premier R2 avec des boîtes de conserve. A cette époque, le principal problème était d’animer ses constructions.

Devenu père de famille, il bâtit tout d’abord avec ses enfants un petit Wall-e en recyclant des jouets abandonnés. Puis, une carte Arduino (carte électronique à microcontrôleurs programmables) a été ajoutée pour donner vie au robot.

Ce fut un élément déclencheur pour la petite famille qui décide alors de se lancer sur un projet plus ambitieux : construire R2D2.

Voici donc nos constructeurs partis pour un chantier de longue haleine. Fabriquer ce type de robot, entre 1m et 1m20 et 50 et 70 kg en fonction des modèles et du matériau choisis, nécessite en moyenne 3 à 4 ans des loisirs d’un constructeur. Il est possible de travailler plus vite mais au début il faut éviter de se décourager trop vite devant l’ampleur de la tâche (1 constructeur sur 5 finit son droïde).

Côté budget, « j’ai arrêté de compter lorsque je l’ai dépassé » avoue Jean-Michel en précisant qu’il reste comparable à un abonnement annuel à une salle de sport.

C’est en forgeant que l’on devient… maker

Le choix du matériau (bois, aluminium, …) est important et souvent déterminé par le savoir-faire et les outils disponibles au départ.

Christian a opté pour le bois. Il dispose d’un atelier de 30 m² avec un tour et une fraiseuse. Il a fabriqué également une boîte à outils très ingénieuse qui arbore les distinctions obtenues dans différentes conventions. Les écussons « R2D2 Crew » des studios Pinewood (studio anglais où ont été tournés les épisodes 7 et 8 de la saga) suscitent l’admiration.

Jean-Michel a commencé sur une base bois et plastique. L’objectif de départ était de faire un robot d’après les images du film.

Au fur et à mesure de leurs travaux, ils ont découvert l’existence de l’association R2D2 Builders. L’accès aux plans originaux, les échanges avec la communauté ont fait passer les projets d’un robot « qui ressemble à » à la réalisation d’une réplique exacte. Les travaux sont devenus de plus en plus ambitieux.

Nos Géo Trouvetou ont ainsi acquis des savoir-faire. Après avoir développé l’électronique, Jean-Michel s’est attaqué au dôme. Pour un R2, il faut une pièce de métal (ici de l’aluminium) travaillée à partir d’une feuille plate. 6 mois de labeur ont été nécessaires. Ils ont permis de se familiariser avec le travail de l’aluminium et ont décidé Jean-Michel d’utiliser ce matériau pour le reste du robot.

Il a alors fallu apprendre la soudure. C’est grâce à des tutoriels d’autres passionnés, disponibles sur Youtube, qu’il a acquis la compétence.

Il a ensuite fallu réaliser les pièces à l’échelle. Notre maker a donc recherché des entrepreneurs capables de découper, au laser, les éléments souhaités.

Les pièces assemblées donnant satisfaction, il a partagé son travail sur le forum de l’association et fabriqué quelques exemplaires pour les amis.

Mais Internet est une porte ouverte sur le monde et très vite les demandes ont affluées. Le maker est alors devenu autoentrepreneur.

De son côté Christian, après la réalisation de son premier droïde, se lance dans un second avec cette fois, une base en aluminium….découpé au jet d’eau.

Point important : l’univers de la Guerre des étoiles trouve ses origines de l’autre côté de l’Atlantique. Pour la compréhension des plans, de la documentation, des échanges humains, une connaissance de l’anglais s’impose. Celle-ci s’acquiert naturellement avec la motivation liée au projet, « entre passionnés on se comprend toujours et on dépasse les clivages » précise Christian.

Tout un programme

Un robot statique et inactif est assez frustrant. Pour lui donner vie il faut l’équiper de moteurs et
d’électronique.

Beaucoup d’astuce et d’ingéniosité sont nécessaires pour s’adapter aux contraintes imposées par
l’esthétique du robot.

La propulsion du R2 est assurée par deux moteurs de trottinettes électriques qui peuvent l’emmener
jusqu’à 15 km/h. Une attention particulière est portée à chaque élément quant à sa puissance mais aussi sa taille et sa consommation électrique. Beaucoup de pièces sont mobiles sur le robot lui-même,
tout doit tenir dans le corps et ne pas être trop énergivore.

Les moteurs, le son et l’éclairage sont gérés par des cartes arduino. Celles-ci ont permis de réaliser en
matière d’animation du robot, pour un coût tout à fait abordable, ce qui était impossible de faire à la
sortie du premier film, sans avoir des moyens hollywoodiens.

R2 en contient 10 pour la gestion des fonctionnalités du dôme et 10 supplémentaires pour la gestion du
reste. Pour chaque partie, une carte principale dialogue avec les autres. Par exemple, la gestion des
leds (abréviation de l'anglais light emitting diode, désignant une diode électroluminescente, dispositif
optoélectronique capable d’émettre de la lumière lorsqu’il est parcouru par un courant électrique) sur le
côté monopolise une carte à elle seule, idem pour l’ouverture du tiroir secret ou les bras.

La machine se commande ensuite avec une télécommande type aéromodélisme pour Christian ou via un module de radiocommande (avec de l’arduino là aussi) et une manette de PS3 pour Jean-Michel. Chaque action est programmée avec une variante arduino du C++.

Les robots pourraient être autonomes mais ce n’est pas le but pour le moment. De plus, chaque
constructeur veille de près à la sécurité du droïde. Un système d’arrêt automatique est prévu en cas de
perte de signal provenant du poste de commande. Jean-Michel a aussi ajouté un bouton d’arrêt
d’urgence radiocommandé. S’ils n’évoluent pas dans des environnements aussi hostiles que l’estomac
d’un exogorth (vers de l’espace où se sont égarés des protagonistes de l’épisode V), ils peuvent être au
milieu de centaines de personnes lors de salons ou de conventions, il faut donc être prudent pour ne
blesser personne.

Rencontres et partage

Comme nous l’avons vu plus haut, un builder ne reste pas longtemps seul. Internet y fait pour beaucoup mais ils se rencontrent régulièrement lors de salons, rassemblements ou conventions.

Jean-Michel a fait sa première sortie publique en souhaitant faire une surprise à un ami, Roland LEHOUCQ, lors d’une conférence sur Star Wars et la science.

Christian s’est défini un cercle de 400 km autour de son domicile pour participer à un évènement. Il voyage ainsi en Angleterre, Belgique, Pays-Bas, Allemagne.

Tous deux ont ainsi participé au dernier FACTS en Belgique (Comic Con belge, réunion de tout ce qui a trait à la fantasy, l’animation, les comics, la science-fiction, le cosplay qui a donné lieu à un rassemblement de 48 droïdes (record en Europe actuellement).

Ces évènements sont des lieux d’échanges et d’entraide. Il n’est pas rare de faire des modifications sur son robot suite à une rencontre. Des réalisations naissent aussi suite à des défis ou boutades lancés lors de ces réunions. C’est ainsi qu’une réplique, animée mais inoffensive, de la grenade thermique de Leïa a été mise au point par Christian.

Au-delà d’une simple présentation, il y a une réelle interactivité avec le public. Ainsi, Jean-Michel a développé des talents dignes d’un prestidigitateur. Grâce à sa programmation et son art de détourner l’attention, il établit une relation entre les visiteurs et son robot digne de celle de Luke et son copilote.

C'est show

Le niveau d’excellence de la fabrication des R2D2 builders leur a permis d’obtenir une reconnaissance par Lucasfilm/Disney.

Cette étape n’est pas simple à franchir. Le robot est examiné sous toutes les soudures par un jury de référence, très strict, de la maison mère américaine. Une fois obtenue, la certification ouvre les portes des manifestations officielles Star Wars : les makers vont jouer dans la cour des grands.

C’est l’occasion de rencontrer les principaux intervenants de l’univers Star Wars comme Kenny Baker qui donnait vie à R2D2 et Anthony Daniels à C3PO. Découvrir l’intérieur du R2 de Jean-Michel dédicacé par les deux comédiens fait assurément son petit effet.

Disney fait ensuite appel à la communauté lors d’évènements officiels. En 2016 par exemple, Jean-Michel a participé à l’évènement Star Wars de Disneyland Paris, à l’occasion de la sortie de Rogue One et à l’inauguration des vitrines de Noël des Galeries Lafayette Paris, ayant pour thème l’univers des films. La rue avait été privatisée et les participants étaient soumis à des règles de confidentialité très strictes, les robots devaient être couverts jusqu’au dernier moment.

Reconnaissance ultime : lors d’une convention, un constructeur amateur lance une boutade à Kathleen KENNEDY, qui préside désormais la destinée de Lucasfilm depuis son rachat par Disney en 2012, pour qu’elle n’hésite pas à faire appel à eux pour fournir des droïdes pour les films. Un mois plus tard la production contactait les builders pour les solliciter.

Enfin, la nouvelle trilogie Star Wars a fait découvrir un nouveau robot aussi sympathique que R2 : BB8. Eh bien, il y aussi un club de builders en France. Émanation du R2D2 Builders francophone, les membres de cette association travaillent sur de nouveaux défis techniques pour faire rouler ce gros Sphéro. (la société Orbotix produisant Sphéro est à l’origine de BB8). Le principal problème : il roule sur lui-même, ce qui à tendance à dégrader son revêtement qui a nécessité des heures de travail. A surveiller : l’arrivée de l’inquiétant de BB9E….

Sites

Construire son R2 avec l’association R2D2 Builders France : www.r2builders.fr

Idée lecture

Faire de la science avec Star Wars - Roland Lehoucq
Poche: 127 pages – Date de parution : 27/10/05 -Editeur : Editions le Pommier - Collection : Le collège
de la cité - Langue : Français - ISBN-10: 2746502593 - ISBN-13: 978-2746502598.

Remerciements

Un grand merci à Christian et Jean-Michel pour leur accueil amical. Ils n’ont pas hésité à nous accorder
du temps pour partager leur passion et répondre à nos questions.