Impression    Partager :

MARGNY-LES-COMPIEGNEChef d’établissementCollégienParentEnseignantClaude DebussyEtoiles de la lecture

Un scénariste au collège

Mis en ligne le

Les élèves du collège de Margny-lès-Compiègne ont accueilli Régis Hautière, scénariste de la bande dessinée Les spectaculaires, qui concourt cette année pour les Étoiles de la lecture.

L'assistance était composée d'une classe de 6e du collège ainsi que d'une classe de CM2 de l'école élémentaire Paul Bert de Margny-lès-Compiègne. En effet, Les Étoiles de la lecture jouent un rôle important dans la liaison entre le CM2 et la 6e.

Régis Hautière est un scénariste de bande dessinée que les collégiens de l'Oise connaissent bien : en effet, il est l'auteur de la série La guerre des Lulus, qui a remporté en 2014 le Prix des jeunes lecteurs de l'Oise. Lui et le dessinateur Hardoc étaient d'ailleurs intervenus à l'Hôtel du Département en 2017 dans le cadre du centenaire de la Grande Guerre. Péo60 leur avait consacré un article que vous pouvez lire sur cette page.

Documents à l'appui

Régis Hautière n'est pas venu les mains vides : il a apporté de nombreux documents de travail, des esquisses, et surtout ce que l'on appelle dans le "métier" des storyboards : un storyboard est une planche sur laquelle sont dessinés les différents plans qui composeront la planche finale. De cette façon, le scénariste et le dessinateur peuvent voir comment les différentes scènes "fonctionnent" ensemble et le cas échéant, faire les ajustements nécessaires (ajouter ou supprimer des cases, décomposer une action en plusieurs cases ou au contraire la regrouper en un seul dessin...).

 C'est là où l'on découvre toute l'importance jouée par le scénariste dans la conception d'une bande dessinée : "Je ne fais pas que remplir des bulles", s'est amusé à dire l'auteur. En fait, son rôle est central dans l'élaboration de l'œuvre finale. Le dessinateur n'a généralement qu'une idée assez imprécise de l'histoire qu'il veut raconter. Par exemple pour Les Spectaculaires, Arnaud Poitevin voulait mettre en scène une histoire de super-héros se déroulant durant la Belle-Époque. À partir de cette idée de base, Régis Hautière a imaginé l'histoire finale. Ensuite ont été créés les personnages, qui sont parfois le résultat d'un mélange de plusieurs personnages créés précédemment. Le dessinateur crée alors ce que l'on appelle des "études de personnages" : il fait des esquisses du même personnage sous différents angles et prenant différentes postures, afin de vérifier que cela forme un tout cohérent et crédible pour le lecteur. C'est ainsi que peu à peu sont nés Évariste, Pétronille ou encore le professeur Pipolet.

Comment travaille Régis Hautière ?

Le scénariste a révélé quelque chose qui peut sembler surprenant : alors qu'on l'imaginait reclu dans un austère bureau afin de pouvoir se concentrer sur son travail, il préfère travailler dans une atmosphère bruyante comme un bar. "J'arrive à être plus productif que chez moi, car les bruits d'un bar (musique, gens qui parlent...) ne me concernent pas, donc je n'y prête pas attention. Alors que chez moi, si le téléphone sonne, je vais devoir aller répondre. Si je mets de la musique, je vais l'écouter car c'est moi qui l'ai choisie. Et tous ces événements perturbateurs n'aident pas à travailler".

Justement, qu'est-ce qui est le plus difficile dans l'écriture d'une bande dessinée ? "C'est de raconter une action. En effet, on ne raconte pas une action de la même manière selon le type de dessin auquel on a affaire". Pour appuyer son propos, Régis Hautière projette différents dessins auxquels il a donné vie. "Par exemple, si on travaille avec un dessin hyper réaliste, ce sera beaucoup plus compliqué d'utiliser les codes traditionnels de la bande dessinée (les traits pour suggérer le mouvement, les onomatopées...). Franquin, le créateur de Gaston, avait le génie du dessin. Il était très doué pour ajouter du mouvement dans son dessin".

Un parcours atypique

Mais où a-t-il appris tout ça ? "Il n'existe pas d'école pour être scénariste. On peut prendre des cours de scénario dans les écoles de dessin, comme celle d'Angoulême ou la prestigieuse école des Gobelins à Paris. Mais je n'ai pas fait de telles écoles, je me suis formé tout seul. D'ailleurs à l'origine je voulais être romancier. Mais j'avais une fâcheuse tendance à procrastiner (remettre au lendemain ce que l'on doit faire). Comme l'écriture d'un roman est déjà très longue, je me suis dit que j'allais mettre des années à écrire le mien ! Alors je me suis tourné vers la bande dessinée, ce qui me paraissait plus abordable et réalisable".

Il a beau procrastiner, Régis Hautière a quand même un rythme de production soutenu : "En général, j'écris 4 à 6 bandes dessinées par an. Mon record a été 10 dans une seule année ! Depuis 15 ans que je fais ce métier, j'ai dû écrire entre 70 et 80 œuvres. J'ai commencé ce métier assez tard, à l'âge de 30 ans".

D'un autre côté, mieux vaut être productif car la vente d'une bande dessinée rapporte assez peu. "Les auteurs (scénariste et dessinateur) se partagent environ 1 euro par exemplaire vendu, ce qui correspond à environ 8% du prix hors taxes. Lorsqu'on a la chance de signer un contrat avec une grosse maison d'édition, comme moi avec Casterman, on peut toucher ce que l'on appelle des "avances sur droits", c'est-à-dire de l'argent qui est versé par l'éditeur avant de commencer le travail. L'éditeur se rembourse ensuite sur les ventes. Cela permet à l'auteur de vivre pendant la conception de la bande dessinée. Et puis la chance que j'ai, c'est que j'ai travaillé sur une série à succès : La guerre des Lulus s'est vendue à 100 000 exemplaires". 

Un premier roman en préparation

Régis Hautière a achevé son intervention en parlant d'un projet qui lui tenait à cœur : "Je vais enfin écrire mon premier roman ! En fait ce sera un roman mais ausssi une bande dessinée, les deux seront faits simultanément". Affaire à suivre donc...

La venue de l'auteur ne pouvait évidemment pas s'achever sans la traditionnelle séance de dédicaces, qui dura assez longtemps, les élèves voulant chacun le sien ! Même les professeurs s'y sont mis !