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SAINT-JUST-EN-CHAUSSEESAINT-LEU-D'ESSERENTChef d’établissementCollégienEnseignantJules VallèsLouise MichelRétrospective Histoire & MémoireHistoire et mémoire

Dialogues d'exilés

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Les élèves des collèges de Saint-Just-en-Chaussée et Saint-Leu d'Esserent ont pu assister à une adaptation très originale du texte de Bertolt Brecht, Dialogues d'exilés, dans le cadre du dispositif "Travail d'Histoire et de mémoire", le mardi 5 février 2019 à l'Espace Galilée à Beauvais.

Les élèves des collèges Jules Vallès à Saint-Leu d'Esserent et Louise Michel à Saint-Just-en-Chaussée avaient fait le déplacement pour assister au spectacle donné par la Compagnie du Berger.

Le texte d'un exilé

Bertolt Brecht a écrit ce texte en 1940, alors qu'il est en exil en Finlande afin d'échapper au régime nazi au pouvoir en Allemagne, qui le déchoit de sa nationalité en 1935. Il travaillera pendant plus de quinze ans sur son oeuvre, qu'il ne finira d'ailleurs jamais. Le texte sera finalement publié de manière posthume en 1961.

Il met en scène deux exilés, Ziffel et Kalle. L'un est physicien, l'autre est ouvrier. Installés dans un bar, une discussion philosophique entre les deux hommes s'installe, copieusement arrosée de bières.

Les deux personnages symbolisent deux facettes de la personnalité de l'auteur : l'intellectuel (Ziffel) et l'homme du peuple (Kalle), un personnage déchiré entre l'amour pour son pays et les raisons qui l'ont poussé à fuir. "Ziffel se présente comme physicien et intellectuel mais aussi comme quelqu'un d'insignifiant (mais pas n'importe qui). Il est en quelque sorte sûr de lui intellectuellement voire imbu surtout lorsqu'il tombe sur un "manuel", mais il n'est pas rassuré du tout et c'est la faute des autres (...). Kalle est un ouvrier autodidacte passé par toutes les formes de luttes sociales et politiques, d'où son internement. Il se sait dominé socialement sinon inférieur et s'en tire par un réalisme moqueur. Ce qu'il sait des théories ou des outils intellectuels c'est ce que dans les mouvements les cadres ont bien voulu lui apprendre. Son problème serait surtout que ces théories qu'il n'a qu'entre aperçu n'ont pas l'air d'avoir les avantages ni les performances annoncés" (Bertolt Brecht).

Ces deux personnages représentent un peu les deux facettes de leur auteur et les réflexions qu'ils expriment reflètent les questions que Brecht se posait lui-même, sans jamais trouver de réponse : celui-ci travailla sans relâche sur son oeuvre, sans jamais parvenir à y mettre un point final.

Un spectacle qui mêle dialogues et musique

Les comédiens sont également musiciens et chanteurs : le récit est entrecoupé de chansons d'un peu toutes les époques. Certaines sont de Bertolt Brecht, d'autres sont de Jean Yanne, Jesse Garon, Bernard Dimey, Léo Ferré... Les comédiens sont aidés de trois autres musiciens : un pianiste, un contrebasssite et un guitariste.

Ce mélange de dialogues parlés et de chansons qui se répondent constitue la grande originalité du spectacle. Cela crée une proximité avec le public et permet de faire passer une multitude d'émotions, de la gaieté voire de la folie comme des moments plus graves. Comme l'a souligné le metteur en scène, Olivier Mellor, durant l'échange avec les élèves après le spectacle, "les chansons permettent de rendre le propos plus léger, car le texte est quand même très pesant".

Le spectacle va crescendo, à mesure que les bières sont consommées par les protagonistes, pour finir dans un paroxysme aussi débridé qu'éthylique ! Les comédiens finissent par se mêler au public et gomment les frontières entre réalité et fiction.

Les élèves ont été sensibles au côté "spectacle vivant" de ces Dialogues d'exilés : ils ont notamment demandé aux comédiens ce qu'ils préféraient jouer et quel effet cela faisait d'être sur scène. "Ce que l'on aime par-dessus tout, c'est lorsqu'on arrive à "embarquer" le public dans notre histoire. Le théâtre est un jeu de manipulation. Et cet après-midi, ce qui nous a fait plaisir, c'est que l'on vous a vraiment senti avec nous", ont dit les comédiens à l'issue du spectacle.

Citations...

« Le passeport est la partie la plus noble de l'homme. D'ailleurs un passeport ne se fabrique pas aussi simplement qu'un homme. On peut faire un homme n'importe où, le plus étourdiment du monde et sans motif raisonnable: Un passeport, jamais. Aussi reconnait-on la valeur d'un bon passeport, tandis que la valeur d'un homme, si grande soit elle, n'est pas forcément reconnue. »

« L'homme est bon, mais le veau est meilleur. »

« Cette soif historique de liberté, chez les Suisses, résulte de la situation défavorable de leur pays. Il est entouré uniquement de puissances qui sont portées sur la conquête. Aussi les Suisses sont-ils obligés d'être continuellement sur le qui-vive. Sans cette particularité, ils n'auraient que faire de leur soif  de liberté. On n'a jamais entendu parler de la soif de liberté des Esquimaux. C'est que leur pays est géographiquement mieux situé. [...] Voulez-vous mon opinion ? Un pays où l'on constate une grande soif de liberté, mieux vaut en déguerpir. Dans un pays mieux situé, pareille soif est superflue. »

Quelques extraits du spectacle